L’histoire de l’enseignement agricole de Mayotte
Un concours d’élèves pour créer l’image des 50 ans
Télécharger ci-dessous le règlement du concours et les 2 annexes
Attention : Respecter toutes les consignes pour y participer
Tout a commencé en 1977 à Coconi : la volonté d’installer une nouvelle génération d’agriculteurs et d’agricultrices formé·e·s.
I – La naissance du CFPA et de l’AFICAM à Coconi
Le 23 novembre 1977, le Centre de Formation Pré-Profesionnelle Agricole de Coconi accueille sa première promotion de 23 élèves pour une durée d’un an.
Ce centre dépend de l’Association pour la Promotion de la Formation Pré-Profesionnelle à Mayotte, qui s’est créée le 5 octobre 1977, et dont le Président est M. YOUNOUSSA Bamana, député de Mayotte, Président du Conseil Général.
Le centre propose de former en un an une vingtaine de jeunes isssus de 6ème, de 5ème, voire de 4ème des collèges en vue d’une installation comme agriculteur. L’enseignement comporte un étape de pré-sensibilisation et d’apprentissage à Coconi, et une étape d’installation dans le milieu professionnel agricole, le suivi étant assuré pendant un ou deux ans par le personnel de l’école et du service de l’Agriculture.
L’école d’agriculture sera reconnue officiellement par le Ministère de l’agriculture et de la forêt par arrêté du 10 août 1978.
Malgré un accompagnement des jeunes vers une installation et la mise à disposition de terrain, les premières années du centre de Coconi sont laborieuses. A partir de 1980, le centre se structure notamment suite à la naissance de l’AFICAM (Association pour la Formation Initiale et Continue Agricole à Mayotte) et met en place le « CAPA Mayotte », une formation qui est reconnue localement mais pas nationalement.
L’accompagnement des stagiaires ne se limite pas à la partie pratique, le centre se transforme et construit deux dortoirs, une cuisine, des bureaux afin d’accueillir au mieux les stagiaires et offrir des conditions d’apprentissages sereines.
Entre 1977 et 1984, 68 jeunes ont bénéficié de la formation initiale « CAPA Mayotte » et 70 femmes ont bénéficié de stages rémunérés.
II – Le besoin de développer des formations pour adultes
Les formations initiales proposées par l’AFICAM ne donnent pas les résultats attendus de fait, l’association décide de se concentrer uniquement sur les stages pour adultes. En effet, les jeunes diplômés du « CAPA Mayotte » se retrouvent bloqués car ils ne peuvent pas poursuivre leurs études en métropole, la plupart des diplômés du CFPA sont embauchés par la Direction de l’Agriculture mais peu s’installent véritablement en tant qu’agriculteurs.
D’autres dispositifs de formations sont mis en place, notamment les GAIF (Groupement Agricole d’Intérêt familial) au milieu des années 1980, ou le SMA (service militaire adapté). Il devient urgent de former des agriculteurs et agricultrices face à la hausse démographique du département, l’INSEE recense 47 246 habitants en 1978 et 67 205 habitants en 1985, soit 5.2% d’accroissement annuel (contre 2.8% entre 2017 et 2026). La plupart des ménages ont une exploitation mais (presque) exclusivement destinée à l’autoconsommation
Les GAIF sont des groupements d’environ cinq femmes formées par des techniciens agricoles venus de l’hexagone. Les agricultrices venaient volontairement se former et chacune était responsable de sa production : de la culture à la vente. Une fois les productions vendues, chacune recevait la rétribution du travail qu’elle avait fourni sur sa portion de terrain. Le but des GAIF était donc de commercialiser la production et de sortir de l’autoconsommation.
Le SMA apparait à la fin des années 1980 et propose des formations aux métiers de la terre afin d’aider les jeunes à s’installer durablement dans la vie active. Les formations sont centrées autour des techniques agricoles mais également autour d’un savoir-être militaire et d’une remise à niveau scolaire globale.
Malgré les stages mis en place, l’installation des agriculteurs et agricultrices formé·e·s reste fragile et peu durable.
La formation initiale est donc reconsidérée à partir de 1985 lorsque l’AFICAM crée une cellule Recherche – Formation-Développement. En 1991, l’association ouvre donc des classes de 5ème pré-technologiques de 4ème , de 3ème et demande la reconnaissance du « CAPA Mayotte ». Elle axe également ses priorités sur la formation des formateurs titulaires d’un CAPA Mayotte qui sont envoyés à la Réunion pour acquérir un BPA (Brevet Professionnel Agricole)
1994 création du lycée agricole de Coconi sous le statut d’EPN
I- La naissance de l’EPN et les débuts d’une restructuration (1994 - fin des années 1990)
Faisant suite aux assises de l’agriculture à Mayotte, l’Établissement Public National (EPN, lycée public) voit officiellement le jour le 8 décembre 1994. Ce projet fondateur s’accompagne de la reprise de l’exploitation agricole de l’AFICAM (Association pour la Formation et l’Information des Agriculteurs de Mayotte) et acte le principe d’un transfert progressif de ses classes vers le nouvel établissement.
Dès septembre 1994, conscient de la nécessité de restructurer l’offre de formation, un accord anticipe cette ouverture : la Direction Générale de l’Enseignement et de la Recherche (DGER), le Préfet et le président de l’AFICAM signent une convention actant le transfert sur cinq ans de la formation initiale pour adultes.
Tout au long de la fin des années 1990, le processus se concrétise notamment par la rétrocession progressive des parcelles foncières de l’AFICAM à l’EPN.
II- Structuration et diversification des pôles à l’aube des années 2000
L’année 2002 marque une étape clé avec l’ouverture officielle du CFPPA (Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole). L’intégralité des formations pour adultes de l’AFICAM y est alors transférée. L’AFICAM ne conserve dès lors sous sa responsabilité que les classes de 5ème pré-professionnelles, ouvertes deux ans plus tôt.
Au début des années 2000, le site de Coconi s’articule ainsi solidement autour de quatre pôles complémentaires :
• Le LPA (Lycée Professionnel Agricole) ;
• Le CFPPA ;
• Le Centre de Ressources ;
• L’exploitation agricole.
III- La période 2007-2013 : Réforme de la voie professionnelle et plan Mayotte 2015
Dans le cadre de la volonté nationale de rénover la voie professionnelle et de généraliser la préparation aux baccalauréats professionnels, une réorganisation spatiale et pédagogique est opérée : les trois classes de collège rattachées à l’EPN sont transférées vers l’AFICAM afin d’allouer davantage de moyens propres au lycée professionnel. L’établissement se répartit alors entre l’AFICAM (dédiée aux formations de niveau collège) et l’EPN (axé sur les CAPA et les Bac Pro), accueillant au total environ 300 élèves (150 par site).
Parallèlement, la départementalisation progressive de Mayotte stimule l’élaboration du plan Mayotte 2015, initié par la DAAF (Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt) pour soutenir le développement technique, économique et social de l’agriculture locale. Le LEGTPA y joue un rôle central, soutenu par les crédits exceptionnels du CIOM (Comité Interministériel des Outre-mer) :
• L’AFICAM bénéficie de financements pour faire fonctionner un atelier agroalimentaire (inauguré en 2009 et garant d’un haut niveau technique et d’une crédibilité accrue) ainsi qu’une couveuse d’entreprise maraîchère, complétée en 2010 par la création d’une pépinière d’entreprises.
• L’exploitation agricole de l’EPN fait l’objet d’une remise à niveau globale pour devenir le support d’un institut multi-filières.
Sur le plan pédagogique, la DAAF adapte sa stratégie de développement rural (2007-2013) face aux réalités du terrain : une part importante du public étant analphabète et non francophone, l’accent est mis sur le développement de formations continues de courte durée, plus accessibles que les cursus longs,dans un contexte où, à titre de comparaison, seuls 17 % d’une classe d’âge parvient au baccalauréat 2007.
IV- Les enjeux de l’intégration de l’AFICAM à l’EPN : Une clarification nécessaire
L’intégration organique et juridique de l’AFICAM au sein de l’EPN répondait à de multiples nécessités structurelles et administratives :
- Sécurisation juridique et gouvernance : Jusqu’alors, l’AFICAM était dirigée de fait par un fonctionnaire du Ministère de l’Agriculture (le directeur de l’EPN). Toutefois, cet engagement n’apparaissait pas dans son arrêté de nomination, et le classement de l’EPN (établissement de 2e catégorie) ne tenait pas compte du volume réel d’activité générée, créant un risque de gestion de fait qu’il convenait de lever.
- Harmonisation sociale : L’unification visait à homogénéiser les conditions statutaires et de rémunération au sein de la communauté de travail — un enjeu d’autant plus crucial avec la mise en place progressive de l’indexation des agents de la fonction publique de l’État entre 2013 et 2017 (et la majoration salariale de 40 %).
- Reconnaissance institutionnelle : Il s’agissait de fixer officiellement la catégorie de l’établissement par la reconnaissance exhaustive de l’ensemble des activités menées sur le site, pour permettre la création d’un poste de proviseur adjoint.
Néanmoins, la singularité du centre de Coconi persiste jusqu’en 2018. Cette composition à double structure : à la fois une association et à la fois un EPN, avec des agents qui travaillent dans les deux organismes, constitue réellement une difficulté de gestion des ressources humaines et une ambiguïté administrative. De plus, la responsabilité est telle que le directeur de l’établissement a la responsabilité juridique et pénale des élèves AFICAM.
Lors de la visite du premier ministre Manuel Vals à Coconi en 2015, deux documents sont signés pour développer l’île et qui « mise sur l’avenir », donc la jeunesse et la formation : le contrat de projet plan Etat-Région (2015-2020) et le contrat « Mayotte 2025 ». A la suite de cette allocution plusieurs projets s’envisagent tels que la création de l’internat, et plus largement l’éligibilité de Mayotte au POSEI (Programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité). Il faut alors redonner une image positive et lucrative de l’agriculture aux jeunes et leur permettre d’envisager un avenir professionnel dans les exploitations agricoles du département.